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mercredi 22 mai 2013

Arrestation du photojournaliste Raúl Capín

Traduction de l'article de Marta G. Franco et Diego Sanz Paratcha publié par "Diagonal Periódico"


Mise à jour à 19 h 30 suite à l'arrestation d'un autre photographe 

Les photojournalistes Raúl Capín et Adolfo Luján ont été arrêtés chez eux pour être entendus. La police accuse le premier d'avoir agressé des policiers pendant des manifestations et le deuxième de diffuser des diffamations sur les réseaux sociaux.

 

Raúl Capín lors d'une manifestation en avril | Photo : Juan Martín Zarza

Le photojournaliste Raúl Capín, photographe freelance et collaborateur régulier de Diario Independiente Digital et Mundo Obrero, a été arrêté en milieu de journée ce mercredi à son domicile à Madrid, pour troubles à l'ordre public et outrage, d'après des personnes qui ont pu entrer en contact avec lui par l'intermédiaire du Collège des Avocats. Capín a été conduit au commissariat de Moratalaz (Madrid) et a été entendu vers 17 heures. Un deuxième photojournaliste, Adolfo Luján, qui prend lui aussi des photos des mobilisations et les diffuse sur Internet, était arrêté à peu près à la même heure.

Selon les mêmes sources, Raúl Capín a été arrêté par des agents du groupe 21 de la police nationale, spécialisé dans l'information sur les activités des mouvements sociaux. "Tout porte à croire que son arrestation a un lien direct avec son activité professionnelle. Raúl est un photographe qui couvre les actions des mouvements sociaux et il est là quand il se passe quelque chose", expliquent-ils.

La préfecture a informé les médias que Capín est accusé d'avoir agressé des policiers durant les manifestations du 23 février et du 25 avril. Luján (@Popicinio sur Twitter) a été arrêté pour avoir calomnié la police sur les réseaux sociaux.

Devant le commissariat, l'avocat de Raúl a confirmé qu'il a été interrogé sur ces deux journées et qu'il passera la nuit en garde à vue. Adolfo est assisté par un avocat commis d'office. On ne connaît pas d'autres détails sur sa situation. Amis et collectifs proches des deux photojournalistes sont restés rassemblés devant le commissariat et ont été identifiés par la police.

Signalement dans la presse

 

Capín avait été désigné par la presse conservatrice comme un prétendu provocateur extrémiste infiltré dans les manifestations. Le 17 avril, le journal ABC publiait un article signé Carlos Hidalgo - chroniqueur spécialisé en "sources policières" - affirmant que la police enquêtait sur des "radicaux de gauche" qui "participent à des manifestations et des protestations de rue en s'abritant derrière de fausses accréditations de presse". Dans sa version papier, l'article était accompagné de trois photographies de Raúl, le visage flouté, au milieu d'autres photojournalistes qui, eux, ne l'étaient pas.

Quatre jours plus tôt, El Mundo et La Razón publiaient en une des images de la manifestation de la PAH (Plateforme des Victimes de l'Hypothèque) devant le domicile du président du Congrès, Jesús Posada, sur lesquelles il apparaissait également, en l'identifiant comme manifestant et non comme journaliste. Mundo Obrero a dénoncé la manipulation et Juan Ramón Robles a réalisé cette vidéo sur les intimidations dont ont été victimes les journalistes :


Le 1er mai, alors qu'il couvrait une manifestation antifasciste, la police l'a à nouveau identifié. Sur cette vidéo de Jaime Alekos, on peut voir à 2 mn 05 le dialogue entre le journaliste et un officier de police qui refusait d'accepter son accréditation. "Tu me laisses tes papiers, parce que tu n'es pas journaliste." Capín lui a tendu son brassard du Collège des Journalistes de Barcelone, ce à quoi l'officier a répondu : "Ça ne vous accrédite pour rien du tout. Vous vous faites passer pour un journaliste. Vous me donnez vos papiers comme n'importe quel citoyen".

En juillet 2012, le photojournaliste avait été agressé par des CRS tandis qu'il photographiait une manifestation de mineurs à Madrid.

Participation à une plateforme d'informateurs

 

Raúl participe actuellement à la création d'une plateforme d'informateurs (sans distinction entre professionnels et activistes) pour agir conjointement contre la répression policière qu'ils subissent lors qu'ils couvrent des expulsions, des rassemblements et des manifestations à Madrid. Des médias alternatifs qui sont en train de s'y joindre ont signé un communiqué de soutien. Dans la même lignée, le collectif Fotogracción diffuse un autre texte qui définit Capín comme un "témoin gênant" pour les agissements des autorités.
 
Des personnes collaborant à des projets comme Toma La Tele, Audiovisol, Tele K et Diagonal ont dénoncé une augmentation des intimidations de la part de la police ces derniers mois, tandis que le ministère de l'Intérieur insiste sur le fait qu'ils doivent porter un gilet permettant de les identifier, gilet que seul les membres de l'ANIGP-TV (Association nationale des Informateurs graphiques de Presse et de TV) ou de la FAPE (Fédération des Associations de Journalistes d'Espagne) peuvent obtenir. Pour pouvoir entrer dans ces associations, il faut être employé comme journaliste, ce qui empêche les activistes ou les freelances occasionnels d'en faire partie.

mardi 17 juillet 2012

Madrid : une femme grièvement blessée par la police

Mercredi 11 juillet, alors que les mineurs achevaient leur marche à Madrid, des milliers de personnes descendaient dans la rue pour les soutenir et manifester. Des affrontements ont eu lieu avec la police, qui n'a pas hésité à charger, matraquer et tirer au Flash-Ball.

De nombreuses images ont rapidement fait le tour du monde, comme celle de cette jeune femme la tête en sang
Mais une autre photographie était largement diffusée et provoquait l'indignation des internautes : une enfant aurait été blessée par une balle en caoutchouc.


José Manuel Sánchez Fornet, secrétaire général du SUP (Syndicat unifié de la Police) répondait à cette indignation par un message on ne peut plus clair sur son compte Twitter :
« JE SOUTIENS L'ACTION DE L'UIP (1). C'est clair ? »
La réaction ne se faisait pas attendre et un montage de la photo et du tweet du policier parcourait à son tour Internet.


Mais étrangement, aucune information ne circulait sur l'identité, l'âge ni l'état de la victime.
Selon le journal Diagonal, contacté par la famille, il ne s'agit pas d'une enfant mais d'une femme de 54 ans. Dans un état grave, elle souffrirait d'un pneumothorax et serait blessée au foie et aux reins. Sa famille préfère ne pas dévoiler son identité pour l'instant mais a créé un compte Twitter pour recueillir des témoignages.
La vidéo qui suit a été réalisée lors de cette manifestation et la montre étendue par terre, après avoir été touchée, inconsciente.



(1) Unités d'Intervention de la Police : équivalent espagnol des CRS.

lundi 16 juillet 2012

La police charge après la marche des mineurs à Madrid

Traduction de l'article de Juan Luis Sánchez et Héctor Juanatey paru le mercredi 11 juillet sur eldiario.es.
 

Des balles en caoutchouc, des familles qui courent, des enfants qui pleurent, des bousculades pour se réfugier dans les commerces voisins et au moins neuf interpellations. La marche des mineurs de ce soir, la troisième en 24 heures à Madrid, qui est partie d'Atocha à 19 h 30, s'est terminée soudainement à 22 heures quand la police a chargé avec force contre les milliers de personnes qui se trouvaient à la Puerta del Sol. Quinze minutes plus tôt, les mineurs avaient commencé à se retirer après avoir demandé par mégaphone que le rassemblement se disperse pacifiquement. Immédiatement après, avec les pétards qui ont accompagné la marche des mineurs depuis leur arrivée à Madrid en bruit de fond, les policiers antiémeutes ont commencé à enfiler gants et casques. Et la charge a commencé.


Cris, bousculades, coups, poubelles incendiées. La tension s'est étendue à tout le centre de Madrid : Callao, Gran Vía, Carretas... Les gens ne savaient pas où aller. Pendant ce temps, la police évacuait la Puerta del Sol et, pendant quelques minutes, n'a laissé passer personne.

Les gens se réfugiaient dans les commerces proches, d'où ils observaient les courses et les charges continues de la police.


Puis la circulation a été rouverte, avec beaucoup moins de monde. De Tirso de Molina à Callao, c'était un véritable chaos, survolé en permanence par les hélicoptères, sous les yeux ébahis des touristes assis aux terrasses de la Gran Vía, qui observaient stupéfaits les allées et venues des véhicules de police et des ambulances.

Incendie dans la rue Preciados (cc Juan Luis Sánchez)

Incendie devant un magasin de la Gran Vía à la hauteur de Callao (cc Juan Luis Sánchez)

La journée s'est terminée comme elle a commencé, avec les charges de la police après les manifestations, après l'intense mais pacifique journée d'hier. Car avant l'évacuation de Sol de cette nuit, on a revécu des moments émouvants, comme le célèbre « Santa Bárbara », chanté par les personnes réunies sur la place.


Puis il y a eu des cantiques, comme le « Canto a la Libertad », de Labordeta, sous l’œil attentif de la police, qui a commencé à se retirer peu avant 23 heures.


C'était le deuxième affrontement du jour entre la police et les manifestants qui accompagnaient les mineurs. Le matin, la manifestation devant le ministère de l'Industrie s'était terminée par une bataille dans l'avenue de La Castellana, où les pierres et les balles de caoutchouc ont volé pendant au moins une heure.

En tête de la manifestation, autour de la scène montée par les syndicats, des discours et des applaudissements.

La Castellana avant les charges de la police (cc Juan Luis Sánchez)

À l'arrière, la situation commençait à être tendue.


La plupart des mineurs et des représentants syndicaux qui les accompagnaient ont maintenant quitté Madrid, mais ils ont laissé derrière eux un changement d'atmosphère.

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Juan Luis Sánchez est journaliste. Sous-directeur de eldiario.es, il a été cofondateur de Periodismo Humano. Il a réalisé des reportages au Maroc, au Kosovo, au Sahara et en Espagne. Sa couverture de l'éclosion du mouvement du 15M a été publié dans de nombreux médias espagnols et internationaux, comme le New York Times ou The Washington Post. Site personnel : www.juanlusanchez.com

Héctor Juanatey est journaliste et blogueur. Il a travaillé à La Voz de Galicia, Público et La Sexta. Blog : www.encontraportada.com